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Prospective

Prévoir l’avenir, voilà bien une grande question ! Que sera demain ? Bien malin qui peut le dire et pourtant, nombreux sont celles et ceux qui s’y risquent.

Entre la boule de cristal de madame Soleil et les discours des prospectivistes académiques les plus doctes, la frontière est finalement ténue car au delà du style, c’est avant-tout une affaire de ressenti. Ce n’est pas par hasard que les prédictions les plus justes ont souvent été le fait des artistes qui, précisément, rêvent le monde.

Sim City

Par nature, les innovations de rupture sont imprévisibles. Et elles sont souvent le fait de nouveaux entrants qui, parce qu’ils ne sont pas du métier qu’ils adressent regardent la situation d’œil neuf et arrivent à un résultat que les spécialistes n’auraient pas pu concevoir, n’ayant pas la liberté de le faire.

Avec la pensée buissonnière, le sociologue Christian Gatard propose une troisième voie, entre le rêve et le scientisme. Une pensée rigoureuse sur la forme mais poétique sur le fond, c’est-à-dire imaginative et positive. Il ne s’agit pas tant d’apporter des réponses que de soulever et comprendre les questions qui se posent l’une après l’autre, au fur et à mesure qu’on avance.

Nos vingt prochaines années de Ch. Gatard

Celles et ceux qui ont joué à Sim City voient de quoi il s’agit, on dévoile le terrain en avançant. Pas question de prévisions précises ou de planifications qui se révèleraient hasardeuses ; il s’agit juste de savoir ce qui pourrait arriver si…

Mais surtout, dans cet exercice, ni erreur ni certitude et encore moins de dogme. Juste une invitation à chercher, à imaginer, à envisager. À chacune et à chacun de se poser les questions, de scénariser, de penser autrement. Une seule règle : ne pas se mettre de frein, chercher à penser différemment car ce qui semble impossible à certaines et à certains constitue juste une évidence pour d’autres. Il suffit parfois de faire un pas de côté pour tout réinventer.

Tout comme l’école du même nom, la pensée buissonnière invite à la créativité et ouvre à l’expérience.

À demain, 21 heures.

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Impact

Il arrive que les mots changent de sens au fil du temps. Le mot impact, par exemple. Il n’y a pas si longtemps, cela permettait de qualifier l’effet positif d’un discours ou d’une action. Une idée avait de l’impact ou un discours ou une bien décision pouvaient avoir de l’impact. En clair, cela déclenchait une réaction en chaîne et pouvait mettre des forces en marche.

Dans le domaine des sciences, parler d’impact revient souvent à évoquer le facteur d’impact, une méthode de classement des revues scientifiques. Bien que controversé, ce système a au moins le mérite de la clarté. Être publié dans une revue à fort impact, c’est être reconnu par ses pairs. En cela, le facteur d’impact va dans le sens de la définition de la vérité en science, qui peut être vue comme le fruit d’un consensus.

Dans le domaine de la publicité, l’impact est une notion liée à la mémorisation. Et on doit au mathématicien Armand Morgensztern la définition d’un Beta de mémorisation qui, à défaut d’être bien précis, joue le rôle d’étalon de mesure et permet au marché publicitaire de prospérer (ce que nous avons déjà eu l’occasion d’aborder).

Sketch de Coluche sur la publicité

Mais surtout, lorsqu’un terme mute au fil du temps, cela revient parfois à forger des anti-phrases. Ainsi certains acteurs souvent issus de démarches économiques alternative parlent-ils de projets à impact. Il s’agit en réalité d’une démarche consistant à faire en sorte que le projet qu’on porte ait un impact positif sur l’environnement, ou la société.

Sans définition claire (ce que les juristes appellent une définition opposable), il est évident que cette louable intention va prêter le flanc aux dogmatismes en tous genres, chacun cherchant à « laver plus blanc » que les voisins.

D’autre part, il est certain que des acteurs de l’économie traditionnelle finiront par se saisir du concept, y voyant une occasion de faire de l’impact washing, tout comme cela se pratique déjà avec le green washing écologique.

Vous n’avez pas raison ou tort parce que d’autres sont d’accord avec vous. Vous avez raison parce que vos faits sont exacts et votre raisonnement est juste.

Warren Buffet

Sans définition claire et sans mesure précise, pas d’impact efficace.

À demain, 21 heures

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Uberisation

L’uberisation consiste a partir d’une feuille blanche pour repenser une activité qui ronronne en assemblant des composants numériques de façon créative. Cela permet de proposer un service modernisé tellement pratique qu’il s’impose en un éclair.

Le livre de C. Perez

Il y a dans l’uberisation un principe d’innovation et d’amélioration continue aussi ancien que l’industrie elle-même. À ce propos, l’analyse de Carlota Perez (in Technological Revolutions and Financial Capital: The Dynamics of Bubbles and Golden Ages) est lumineuse car elle insiste précisément sur le facteur le plus ignoré des commentaires d’actualité : la dimension temporelle, qui doit être envisagée à l’échelle humaine c’est-à-dire sur le temps long.

L’uberisation n’est pas le fait exclusif de société commerciales. Wikipedia, a, en quelque sorte uberisé le savoir en rendant obsolètes les encyclopédies les plus prestigieuses. Et d’ailleurs, servant de socle à la quasi-totalité des services numériques qui ubérisent la société, le logiciel Libre tient une grande part dans ce mouvement souvent vilipendé.

Dans ce contexte, travailler ce n’est plus forcément avoir un emploi, L’uberisation diversifie et démultiplie les formes de travail. Plus important, les formes de rémunérations ne sont plus forcément pécuniaires.

Mais surtout, l’uberisation finira certainement par remettre en question la place et le rôle même de l’État. En France, dès qu’on parle d’économie, de travail et d’emploi, l’État n’est jamais très loin. Il s’agit là d’un lointain héritage qui remonte à Louis XIV : le jacobinisme, point commun à toute la classe politique française. Cette véritable passion nationale donne à notre pays la manie de la centralisation. Comment tout cela va-t-il évoluer face l’uberisation et à la société des Gafa ?

Née dans la Silicon Valley, l’économie des Gafa apporte avec elle des concepts dont le libéralisme (au sens anglo-saxon) constitue la pierre angulaire : individualisme, mérite, équité, etc. Ces nouvelles valeurs qui redessinent la société finiront un jour par redessiner l’État.

Paradoxalement le monde des Gafa a permis l’émergence de géants, qui en réalité, généralisent des formes très atomisées de sociétés. Chacun pour soi et les Gafa pour tous, en quelque sorte.

À demain, 21 heures

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Réfléchir

Réfléchit-on avec son cerveau ou bien avec ses tripes ? Et peut-on réfléchir avec son cœur ? S’agit-il d’une activité exclusivement humaine ? Peut-on agir sans réfléchir ? Ou bien, au contraire, est-il possible de trop penser ? Réfléchir à la réflexion semble, avant-tout, poser des questions. Réfléchir, serait-ce uniquement un moyen de se faire des nœuds au cerveau ?

L’Oeil de MC Escher

À première vue, le lien entre réflexion et logique s’impose d’évidence, de même que le lien entre réflexion et connaissance. Ainsi, améliorer sa capacité de réflexion va demander de développer ses connaissances et de travailler son sens de la logique. Dans une telle approche quantitative de la réflexion, il est évident que des systèmes automatisés (tels que l’intelligence artificielle) finiront par supplanter l’être humain, tout comme l’ordinateur a déjà mécanisé des activités telles que la comptabilité ou les statistiques.

René Descartes

Au contraire, la réflexion ne serait-elle pas plutôt une affaire d’intuition ? Et si oui, comment discerner les bonnes et les mauvaises intuitions ? C’est en cherchant dans cette direction que René Descartes finit par faire du doute la pierre angulaire d’une philosophie résumée dans sa fameuse méthode (publiée en 1637) et qui a fait la hantise de générations de bacheliers.

Douter de tout, ou tout croire, sont deux solutions également commodes, qui l’une et l’autre nous dispensent de réfléchir.

Henri Poincaré
Henri Poincaré

En renvoyant doute et certitude dos à dos, Henri Poincaré résume bien les choses. Réfléchir consiste avant tout à peser le pour et le contre afin de tenir compte des paramètres en présence.

Mais surtout, réfléchir consiste à se poser les bonnes questions. Cela ne relève ni totalement du domaine de la connaissance ni totalement de celui de l’intuition. Cela ne demande pas nécessairement des connaissances encyclopédiques ou une capacité logique hors du commun. Poser une bonne question est une affaire de pertinence.

Une bonne question se doit d’arriver au moment opportun. Une bonne question permet d’envisager des possibles qu’on peut concrétiser ici et maintenant. Ainsi on ne réfléchit pas en vain. On ne raisonne pas comme un tambour, on peut se mettre en marche et avancer.

L’intelligence consiste à poser la bonne question au bon moment.

À demain, 21 heures

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Gentillesse

La gentillesse consiste à rendre service à quelqu’un qui vous le demande. Telle est la définition que propose le philosophe Emmanuel Jaffelin d’un concept dont on pourrait penser au premier abord, qu’il n’y a pas grand chose à en dire.

Emmanuel Jaffelin a publié plusieurs ouvrages sur le sujet et deux méritent qu’on s’y arrête : le Petit éloge de la gentillesse constitue bien entendu l’ouvrage de référence de l’auteur. Et on lira également avec intérêt sa Petite philosophie de l’entreprise, très utile pour vivre mieux avec ses collègues et donc travailler mieux au quotidien.

Au fil des années, Emmanuel Jaffelin a développé ce que les philosophes appellent une éthique de la gentillesse ; en clair un mode d’emploi. Tout l’intérêt de ses travaux tient au fait que la gentillesse telle qu’il la définit repose sur un rapport de réciprocité. Autrement dit, pour être gentil, il faut être deux. On est pas gentil tout seul.

Mais surtout, la gentillesse nous incite à la bienveillance, qu’on pourrait définir comme une gentillesse réciproque. À première vue, cela peut sembler idiot et même presque niais.

Une courte conférence d’Emmanuel Jaffelin sur la gentillesse

Et pourtant, avouons que cela simplifierait bien les choses en permettant en quelque sorte de vivre au premier degré. C’est-à-dire sans se faire de nœuds au cerveau, ce qui transforme la vie une grande partie d’échec ou de billard à trois bandes. Nous pourrions tous développer une sorte de gentillesse sociale, qui consisterait à s’ouvrir aux autres et à les accueillir sans arrière pensée. Cette démarche est à la portée de chacune et de chacun d’entre nous, car elle commence avec la personne qu’on a en face de soi.

Souvent les hommes se haïssent les uns les autres parce qu’ils ont peur les uns des autres ; ils ont peur parce qu’ils ne se connaissent pas.

Martin Luther King

Il se trouve qu’en France, la gentillesse sociale a un nom. Nous l’appelons fraternité. Et c’est tellement important qu’on en a fait une devise qui trône sur tous les frontons.

La République nous incite à nous accueillir les uns les autres pour construire ensemble un pays en commun.

À demain, 21 heures.

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Consommation

Depuis le Moyen-âge l’argent joue un rôle pacificateur : l’émergence de la bourgeoisie fut un des paramètres qui a permis la construction des pays en Europe. Quand on a du bien, on ne part pas en guerre, au risque de perdre le fruit de son travail.

Cette vision patrimoniale — ou bourgeoise — constitue une sorte de vision par défaut qui a été à son apogée avec la société de consommation des années 1990. Le triomphe de la middle class constituait la réalisation d’une société faisant de l’égalité un grand rêve collectif.

Economix

C’était un modèle simple, pour une société issue de la reconstruction et qui, après les privations de la guerre, s’était habituée à la croissance et à la puissance. Pour se rafraîchir la mémoire en matière d’histoire économique, on pourra lire Economix de Dan Burr et Michael Goodwin, un petit livre d’autant plus didactique qu’il s’agit d’une bande dessinée.

Dernière évolution en date : la prise en compte d’un paramètre qualitatif, nous faisant passer du consommer plus au consommer mieux. La logique purement économique est remplacée par une logique éthique. Plus éduqués et pendus à leurs smartphones, les consommateurs sont devenus responsables. On cherche à consommer mieux pour se réaliser soi-même.

Cette évolution permet l’émergence de la sobriété heureuse. Proposé par Pierre Rabhi, ce mouvement pose en réalité un regard aussi alternatif que constructif sur la société de consommation.

Mon verre n’est pas grand mais je bois dans mon verre. 

Alfred de Musset

Mais surtout, la consommation de réalisation ne remplace pas les autres, elle cohabite avec les formes classiques de consommation. Pour reprendre l’expression d’Edgar Morin, on passe de l’analyse systémique à l’analyse de la complexité.

Dans un même mouvement, un consommateur peut tout à la fois acheter le moins cher des produits, vu comme une commodité et un produit durable ou éthique, tout simplement parce que cet autre domaine de la consommation est dans le champ de son besoin de réalisation.

On achète un iPhone pour stocker des milliers de photos, des nouilles premier prix et du beurre bio AOC. Il n’y a pas opposition mais complexité.

À demain, 21 heures.

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Académique

Dire classique c’est souvent penser musique classique, qu’on oppose généralement à musique populaire, avec parfois un brin de condescendance. Or cette distinction a quelque chose de perturbant car la notion de classique évolue au fil du temps.

Peut-être conviendrait-il de parler de musique académique en ne l’opposant plus à populaire mais à progressive, par exemple. Avec cette approche, on pourrait classer les Beatles dans la musique classique, ce qu’il sont devenus, presque soixante ans après leurs premiers succès. Autrefois rebelle, en effet, la musique des Beatles est aujourd’hui d’un conformisme absolu.

The Beatles, à l’époque de l’album Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band

En matière d’éducation on a longtemps opposé les études classiques (qu’on appelle aujourd’hui littéraires) aux études modernes (aujourd’hui scientifiques) alors qu’il peut être d’une grande modernité d’étudier les auteurs classiques et d’un conformisme absolu d’étudier les sciences. D’ailleurs, les universités ont d’ailleurs gardé cette approche en silos, séparant les étudiants de lettres et ceux de sciences, la culture d’un côté, le savoir de l’autre… tant et si bien qu’on finit par former ou bien des cultivés ignorants ou bien des sachants incultes !

Mais surtout, opposer classique et moderne permet de s’interroger sur l’académisme. Depuis l’antiquité, une académie rassemble des savants reconnus par leurs pairs. Bref, qu’il soit littéraire ou scientifique (et même médical), le savoir académique, c’est le savoir officiel, reconnu… fréquentable, en quelque sorte.

Le monde ne sera sauvé, s’il peut l’être, que par des insoumis

André Gide

Face à toute cette bien pensance académique, il est parfois utile de se souvenir de cette belle citation d’André Gide (par ailleurs prix Nobel de littérature, Gide n’étant jamais à un paradoxe près !) qui nous interroge sur la rapport entre conservatisme et progressisme. Le savoir académique, par sa nature même, est conservateur. Partant, comment peut-il nourrir le progrès ? Pour progresser faut-il commencer par s’approprier le savoir académique avant de mieux s’en détacher ?

« Du passé faisons table rase » chantent les révolutionnaires dans l’Internationale. Peut-être y a-t-il là une leçon plus profonde qu’il n’y parait !

L’Internationale en français

À demain, 21 heures

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Résilience

Parmi les mots à la mode actuellement, résilience est certainement le champion ! Il y a encore dix-huit mois, c’était un obscur concept réservé aux amateurs de développement personnel mais le contexte sanitaire actuel a beaucoup changé les choses, tant et si bien que la résilience a envahit notre quotidien.

Édition originale du Tao de Pooh

Naturellement des spécialistes n’ont pas manqué d’apparaître et de courir les médias pour pontifier sur le sujet. Il faut reconnaitre que le concept n’est pas facile à aborder. Pourtant, dans Le Tao de Pooh, Benjamin Hoff propose une approche originale : présenter les principes du Tao en mettant en scène les personnages de Winnie l’ourson. La démarche est étonnante et le résultat aussi amusant qu’efficace. Paru en 1982, ce livre a été récemment retraduit et réédité en français. Bien entendu il est question de Tao mais pas seulement. Ce livre constitue également une excellente introduction au concept de résilience.

Pour aborder la résilience, il faut aussi s’attaquer à l’authenticité. Et c’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y parait car être authentique nous renvoie à nous-mêmes et à nos faux semblants. Être authentique ne consiste pas seulement à tomber le masque mais avant-tout à faire en sorte d’être en phase avec soi-même et, en quelque sorte, de sonner juste.

Mais surtout la résilience invite à nous ancrer dans le concret. La résilience ne s’explique pas, elle s’apprend un pas après l’autre et elle se pratique au quotidien. La résilience se cache dans les détails, somme toute.

Comprendre la résilience ne relève pas de l’éducation mais de l’apprentissage. S’approprier la résilience passe avant tout par le geste et donc par l’exemple.

Alors qu’elle traversait une mauvaise passe, Clémence a pris le taureau par les cornes. Avec beaucoup de pragmatisme, cette Maman économe a cherché des solutions pour s’en sortir.

Clémence a beaucoup d’énergie et prend la vie avec autant d’humour que de philosophie. Clémence nous invite à nous mettre en marche.

La résilience est un road movie sur les chemins de la vie.

À demain, 21 heures.

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Circumnavigation

Depuis Magellan, partir autour du monde c’est partir à l’aventure. Après avoir été prétexte au développement du commerce (qui constituait la motivation première du projet de Magellan), et aux découvertes scientifiques (l’expédition de La Pérouse ou le deuxième voyage du Beagle restant des exemples célèbres parmi d’autres) faire le tour du Monde relève avant tout aujourd’hui de l’exploit sportif — le dernier Vendée Globe et ses diverses péripéties le démontrant une fois encore.

Un planisphère ancien

On l’oublie trop souvent, mais que seraient les échanges mondiaux sans tous les navires qui parcourent la terre en tous sens et par tous les temps ? Les marins de commerce ont leurs héros, du capitaine Haddock à Corto Maltese, naturellement. Et les marins ont les ports. Partout dans le monde, les ports sont des lieux particuliers et presque en déphasage d’un monde que, paradoxalement, ils connectent. Jacques Brel en a d’ailleurs fait une de ses plus belles chansons.

Amsterdam, par Jacques Brel (Olympia, 1966)
Joshua, le bateau de Bernard Moitessier

Mais surtout, le tour du monde incite au voyage et à l’évasion. En prenant un pari incensé Philéas Fogg, héros moderniste s’il en est courait — déjà — contre le temps.

La littérature de voyage compte également de nombreux récits d’anti-héros qui prennent leur temps. Joshua Slocum est le premier de cette série d’aventuriers des temps modernes, aux côtés Bernard Moitessier, qui d’ailleurs nomma son bateau en hommage à son prédécesseur.

Croquis de Damien

L’aventure de Gérard Janichon et Jérôme Poncet, Damien, est particulièrement touchante. Avec une grande économie de moyens et une volonté très affirmée, les deux protagonistes partent vers le nord et le froid pour une navigation qui, au total, durera presque quatre ans.

Il faudrait parler d’Antoine et de quelques autres… au delà de ces quelques exemples, tous les récits de voyages sont autant d’Odyssées fantastiques qui, en réalité, nous révèlent des aventuriers d’eux-mêmes dont les rêves nourrissent nos introspections.

En nous connectant au monde, les aventuriers nous connectent à nous-mêmes.

À demain, 21 heures

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John Ludd

Alors que la Révolution industrielle permettait la mécanisation de l’artisanat, John Ludd, ouvrier de légende, tentait de se battre contre les machines, allant notamment jusqu’à exiger qu’on leur applique les mêmes horaires de travail qu’aux tisserands voire, allait jusqu’à détruire les machines.

John Ludd dans l’imaginaire collectif

Force est de constater que plus de deux cents cinquante ans après, les luddites existent toujours. Ils tentent maladroitement de lutter contre le progrès non pas tellement au motif que c’était mieux avant mais que la préservation du statu-quo serait une situation préférable.

Or, lorsqu’une innovation s’impose (de l’automobile à l’aspirateur en passant par le smartphone) rien ne peut la retenir. Et c’est précisément parce qu’elles ont des impacts majeurs que les innovations importantes deviennent des phénomènes de société.

Le chapitre consacré aux prométhéens et aux pastoralistes de l’essai Breaking smart de Venkatesh Rao résume parfaitement les choses pour le numérique mais il est tout à fait possible d’étendre l’analyse à d’autres domaines.

Prométhéens et pastoralistes

La résultante du conservatisme est connue. Ses partisans deviennent dogmatiques et finissent par être laminés par la vague de fond contre laquelle les piètres digues qu’ils tentaient de construire ne peuvent rien. C’est ce qui est arrivé à la tristement célèbre — et pour ainsi dire mort-née — Hadopi il y a quelques années.

Mais surtout, John Ludd et son mouvement nous interrogent sur le progrès et sur l’inexorable fuite du temps que, bien entendu, on ne saurait arrêter. Déjà dans sa fable Le chêne et le roseau Jean de Lafontaine vantait les mérites de l’adaptabilité. Plus près de nous, dans L’origine des espèces, Charles Darwin le démontrait scientifiquement. Dans le même esprit, E. Rogers analysait, quant à lui, la diffusion des innovations et démontrait, dans un ouvrage qui fait encore référence, que ce qui doit s’imposer finit toujours par l’être, s’imposant inéluctablement dans toute la société.

Cycle de diffusion de l’innovation, d’après Everett Rogers

Il est naturellement possible de faire des pas de côté, mais face à une innovation majeure (technologique ou sociétale), la question n’est pas tant de savoir si on va l’adopter, mais quand on l’adoptera.

À demain, 21 heures